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M23 : annonces troublantes de l’Ouganda et du Rwanda

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Il y a trois semaines, lorsque le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, le ministre de la Communication et Médias, Lambert Mende ainsi que l’état-général des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), avaient fait état de la présence d’éléments du M23 dans le territoire de Rutshuru, un cinglant démenti était venu de Kampala. Selon le gouvernement ougandais, cette alerte était sans fondements, les ex-combattants de ce défunt mouvement rebelle étant étroitement surveillés dans leur lieu de cantonnement.

Curieusement, trois jours après avoir soutenu qu’aucun élément du M23 ne s’était échappé de son lieu de cantonnement depuis 2013, année de la défaite militaire du colonel Makenga et ses troupes, Kampala annonçait l’arrestation d’une centaine d’entre eux présumés avoir fui leur site d’hébergement et leur transfert vers un lieu plus sécurisé. Le gouvernement de Kampala jouait au passage à l’apaisement, soutenant qu’il ne permettrait à aucune force négative de déstabiliser de nouveau la République Démocratique du Congo à partir de son territoire.
Entre-temps, les FARDC affrontaient, sur le front militaire, un groupuscule d’insurgés venus visiblement de l’Ouganda et du Rwanda, dans l’intention bien arrêtée de troubler de nouveau la paix au Nord-Kivu.
Pendant que l’Ouganda brillait par des annonces contradictoires, le Rwanda se taisait. C’est comme si rien ne se passait de l’autre côté de la frontière commune, alors que des informations alarmantes faisaient état de l’activisme d’ex-combattants du M23 réfugiés en territoire rwandais. Pas plus tard que ce week-end, Kigali vient d’annoncer, à son tour, des cas d’arrestations d’ex-rebelles du M23 sur son territoire. Selon les autorités rwandaises, il s’agirait d’éléments mis en déroute par les FARDC et ayant fui les combats.

Des voisins au double jeu

On sait qu’en septembre-octobre 2013, après avoir été vaincus par la coalition FARDC-Monusco, des éléments du M23 qui avaient refusé de se rendre aux troupes congolaises et onusiennes, avaient choisi la voie de l’exil vers l’Ouganda et le Rwanda. Et, ce n’était pas un hasard. En réalité, le colonel Sultani Makenga et les résidus de combattants qui lui étaient restés fidèles avaient opéré un repli stratégique vers les Etats qui les soutenaient, en coulisses, militairement et financièrement.
Personne ne doutait, qu’en dépit de la signature de l’Accord de Nairobi et de l’engagement de leurs cadres politiques comme militaires de renoncer à la lutte armée, qu’ils allaient renouer avec les armes. Pendant trois ans, les fugitifs en « hibernation » en Ouganda qu’au Rwanda, ne cessaient de se préparer à attaquer le Nord-Kivu. Mettant à profit la trêve, le colonel Sultani Makenga et ses sponsors passaient leur temps au recrutement de jeunes, à leur entrainement et au renouvellement de leur arsenal de combat.
Ces derniers mois, profitant de la diversion créée sur le terrain par les rebelles ougandais ADF, dont la longévité sur les terres du Nord-Kivu étonne plus d’un observateur, le M23 s’illustrait par des infiltrations des villages frontaliers, à partir du territoire de Rutshuru. Ces mouvements de troupes, opérés à partir de la frontière commune, ne pouvaient être ignorés du Rwanda et de l’Ouganda. Bref, Kampala et Kigali n’ont rien fait pour mettre des ex-combattants de cet ancien mouvement rebelle hors d’état de nuire. Au contraire, leur séjour de trois ans de l’autre côté de la frontière leur a permis de se reconstituer, au point de représenter aujourd’hui une grave menace pour la sécurité au Nord-Kivu.

Se prendre en charge

La leçon à tirer du double jeu de Kampala et Kigali est que pour garantir la sécurité de ses citoyens et de son territoire, la République Démocratique du Congo doit cesser de compter sur la bonne foi et la collaboration de ces deux pays voisins. Comme en septembre-octobre 2013, l’unique réponse à donner aux incursions du M23 doit être d’ordre militaire. Il n’y a pas d’autre alternative, pour les FARDC, que de démontrer à la face du monde qu’elles sont capables de se prendre en charge et de chasser ces nouveaux assaillants des territoires perdus il y a trois ans et qu’ils tentent de réoccuper.
C’est le lieu de recommander aux autorités politiques et militaires congolaises de se méfier des messages en provenance de Kampala et Kigali, lesquels font croire que ces deux capitales seraient prêtes à neutraliser le M23. Si la volonté de mettre fin à la capacité de nuisance des fugitifs présents sur les sols ougandais et rwandais était là, ces criminels auraient déjà été remis aux autorités congolaises de longue date. Or, tel n’est pas le cas. Par conséquent, Kinshasa aurait intérêt à faire tout seul le ménage au Nord-Kivu et ne rien attendre de Kampala et Kigali.
En cette année prétendue électorale, chacun peut imaginer les conséquences des incursions du M23 sur les opérations préélectorales aujourd’hui (déploiement des kits, enrôlement) et électorales demain. Au-delà de la crainte d’un nouveau « glissement » politique à travers des prolongations qui se jouent au Centre Interdiocésain, un « glissement » sécuritaire n’est pas à exclure.

Kimp

Avec le Phare

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